Au-delà des massacres et des exactions extrajudiciaires, le génocide de 1972-1973 au Burundi a été marqué par la spoliation massive de biens matériels et financiers des victimes. Les archives de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) révèlent l’ampleur de ces confiscations, notamment des maisons, des voitures et des comptes bancaires. Retour sur ces faits méconnus qui ont aggravé les souffrances des familles et affecté l’économie du pays.
Des saisies de véhicules à grande échelle
Les archives de la CVR dévoilent des listes impressionnantes de véhicules saisis durant le génocide. Ces confiscations ne concernaient pas seulement les Bahutu, mais aussi les étrangers résidant au Burundi, en particulier dans la ville de Bujumbura. La cour extérieure du camp de Buyenzi, aujourd’hui siège de la Brigade Spéciale de Recherche (BSR), était l’un des principaux lieux de stockage des véhicules saisis. Ce vaste espace, allant du camp de Buyenzi jusqu’à la permanence du parti Uprona, a servi de parking pour ces voitures, qui étaient ensuite vendues à des prix dérisoires ou même données gratuitement après l’assassinat de leurs propriétaires.
Extrait des archives de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) présentant les listes des véhicules saisis durant le génocide de 1972
Des décisions officielles en faveur de la spoliation
La vente des voitures des victimes, qualifiées d’« abamenja », était encadrée par des décisions officielles. Un jugement du conseil de guerre rendu le 06 mai 1972 et des directives du conseil des ministres datées du 15 septembre 1972 en sont à l’origine. Une correspondance du procureur général de la République, adressée le 27 septembre 1972 aux autorités militaires et judiciaires des provinces de Bujumbura, Gitega, Ngozi et Bururi, confirme le lancement de cette opération. Les ventes de véhicules ont débuté deux jours après, le 29 septembre, pour se terminer le 07 octobre 1972.
Un impact négatif de taille sur l’économie burundaise
Ces actes de spoliation ont eu des conséquences dévastatrices sur l’économie burundaise. En privant les familles des victimes de leurs biens, le génocide a non seulement causé une perte humaine immense, mais aussi contribué à la dégradation économique du pays. La CVR souligne que les crimes commis en 1972, qu’ils soient dirigés contre les Bahutu, les Batutsi ou les Batwa, ont durablement affecté le tissu économique et social du Burundi. Les responsables de ces crimes sont appelés à demander pardon et à restituer les biens spoliés afin de faciliter une véritable réconciliation.
Deuxième correspondance du Procureur Général aux Procureurs de la République concernant la vente des véhicules saisis
Alors que la CVR continue son travail de recherche de la vérité et de la réconciliation, elle exhorte les familles des victimes à garder espoir et à faire preuve de patience. Pour les auteurs des exactions, la voie du pardon et de la restitution des biens est essentielle. Ce n’est qu’à travers la reconnaissance des torts passés et la réhabilitation des victimes que le Burundi pourra aspirer à une réconciliation authentique et durable.
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