Les 28 et 29 janvier 2026, la commune de Ngozi a accueilli deux séances de sensibilisation organisées par la Commission Vérité et Réconciliation. Devant les représentants des institutions étatiques, provinciales et communales, les témoignages des survivants et victimes des crises cycliques ont marqué les esprits. La Présidence, l’Assemblée Nationale, le Ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique, le Ministère de la Justice, des Droits de la Personne Humaine et du Genre, … étaient au premier rang de cette mobilisation la réconciliation pour nationale.
Dans la salle, le silence s’impose lorsque les témoins prennent la parole. Pour certains, leurs voix qui ébranlent les âmes expliquent l’ampleur des douleurs des crises cycliques qui ont marqué le Burundi et des cicatrices ineffaçables. Pourtant, au milieu des larmes et de l’angoisse, un message d’amour et de pardon résonne avec force.
Les commissaires et les cadres de la Commission Vérité et Réconciliation écoutent attentivement ces récits d’un passé douloureux. Pour beaucoup de témoins, le pardon n’est plus un concept abstrait : il se vit au quotidien. Certains assistent leurs anciens bourreaux dans les soins de santé, d’autres partagent les tâches ménagères à leurs domiciles respectifs.

Mme Dévote Ndayisenga, représentante du ministère de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité, appelle à la décentralisation de la Commission Vérité et Réconciliation pour renforcer son impact sur le terrain.
Face à ces témoignages bouleversants, Mme Dévote Ndayisenga, représentante du ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité, formule une recommandation majeure : « La Commission Vérité et Réconciliation doit être décentralisée. Cette mission étant noble, la Commission devrait mettre en place des représentants communaux afin de couvrir toutes les collines. » Elle insiste sur le risque que certains témoins ne puissent approcher la Commission pour faire leurs doléances sans cette proximité territoriale.
« Ivyo utipfuza ko bigushikira, nawe ntuvyipfurize uwundi » (Ce que tu ne souhaites pas pour toi-même, ne le souhaite pas à ton prochain), rappelle-t-elle, citant la sagesse populaire burundaise. La représentante du ministère recommande la Commission d’organiser à l’intention des hautes institutions du pays notamment le Président de la République, le Parlement et l’ensemble des ministères, un programme spécial de témoignages des victimes pour en tirer des recommandations effectives.
La Présidence du Burundi plaide pour la multiplication des témoignages
Pour Tharcisse Barancuranwa, de la Présidence du Burundi, l’urgence est claire : permettre à toutes les victimes des différentes crises de témoigner. « À travers ces témoignages, il est évident que les témoins sont sur la voie du pardon et de la réconciliation, un signe indispensable pour le pays », affirme-t-il.
Tharcisse Barancuranwa, de la Présidence du Burundi, souligne l’urgence de donner la parole à toutes les victimes, voyant dans leurs témoignages un chemin vers le pardon et la réconciliation nationale.

L’envoyé de la présidence suggère que le travail d’enquête de la Commission aille de pair avec les processus de demande de pardon, à l’image des initiatives menées à Muyinga et ailleurs par l’Église catholique. Il recommande à la Commission Vérité et Réconciliation de collaborer étroitement avec les autorités provinciales et communales pour organiser des rencontres directes entre victimes et bourreaux, facilitant ainsi les demandes de pardon et la réconciliation effective.
Cette approche concrète vise à transformer le pardon d’un concept moral en une réalité vécue sur le terrain, permettant aux communautés de se reconstruire sur des bases solides.
Les autorités communales s’engagent dans la proximité
Jean Claude Ndagijimana, conseiller de l’administrateur communal chargé des affaires juridiques à Kirundo, ne mâche pas ses mots : « Le travail de la Commission Vérité et Réconciliation est d’une importance capitale.» Il s’engage, au nom des autorités communales, à convoquer des rencontres au niveau des zones pour recueillir les doléances des populations.

Jean Claude Ndagijimana, conseiller de l’administrateur communal chargé des affaires juridiques à Kirundo, salue le rôle essentiel de la Commission Vérité et Réconciliation dans la quête de vérité et de justice.
L’engagement des autorités communales témoigne d’une volonté de faire de la réconciliation une réalité accessible à tous les citoyens, même dans les collines les plus reculées.
L’empathie au cœur du processus de réconciliation nationale
L’ambassadeur Pierre Claver Ndayicariye, Président de la Commission Vérité et Réconciliation, rappelle aux participants l’ampleur du défi : « Le Burundi a traversé différents cycles de violations qui ont laissé la population dans la détresse, et cela dans toutes les catégories ethniques, mais aussi aux étrangers qui ont vécu ces tragédies.»
Pour le numéro un de la Commission Vérité et Réconciliation, ces séances doivent servir de leçon fondamentale : « Sentir le mal que porte l’autre, c’est l’empathie. Porter la douleur de l’autre est une voie vers un pays réconcilié », insiste l’Ambassadeur Ndayicariye.
L’ honorable Boussessia Nkezimana, deuxième vice-président de l’Assemblée Nationale, prolonge cette réflexion spirituelle : « Toute personne ayant la vérité doit prendre le devant pour apporter son témoignage. Le Burundi a mis Dieu devant tout. Comme cela est ainsi, nos paroles doivent être accompagnées par des actions.»
L’honorable Boussessia Nkezimana, deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, appelle chaque détenteur de la vérité à témoigner pour faire avancer la justice, la paix et la réconciliation.

Les séances de Butanyerera marquent une étape décisive dans le processus de réconciliation nationale. La mobilisation sans précédent des institutions étatiques témoigne un engagement collectif pour transformer le pardon en politique publique. Au-delà des témoignages bouleversants, c’est toute une architecture institutionnelle qui se met en place pour que la réconciliation ne reste pas un idéal lointain, mais devienne une réalité vécue dans chaque colline du Burundi.

