En novembre, la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a mené une série de séances de sensibilisation dans trois provinces du pays afin de clarifier son rôle dans la gestion des conflits fonciers et spoliation des biens suite aux crises passées. Ces rencontres ont révélé de profondes préoccupations au sein de la population et des institutions, dans un contexte où la question foncière demeure l’une des plus sensibles du Burundi.
Au début du mois de novembre, la Commission Vérité Réconciliation s’est rendue successivement à Butanyerera, Burunga et Gitega pour dialoguer avec les communautés sur les problématiques foncières et autres biens spolies pendant les crises du passé.
Ces séances avaient pour objectif d’expliquer le cadre d’intervention de la Commission dans un pays où la terre, bien vital et symbolique, a souvent été au cœur des crises.
Les participants, représentants de l’État, confessions religieuses, forces de défense et de sécurité, membres de la société civile et autres, ont manifesté un fort besoin de clarification. Les conflits fonciers, toujours nombreux, continuent d’alimenter tensions et malentendus, notamment dans les provinces visitées.

De nombreuses inquiétudes portées par les communautés locales
Au fil des échanges, les préoccupations des participants ont mis en lumière l’ampleur des défis auxquels la Commission Vérité et Réconciliation doit faire face. Plusieurs interrogations portaient sur les mesures à prendre contre ceux qui refusent les décisions de la Commission, dont les verdicts constituent pourtant la conclusion officielle des enquêtes menées.
Les cas des Burundais rapatriés dont les propriétés ont été occupées par des tiers ont également émergé comme un point de tension majeur. À cela s’ajoutent des dossiers fonciers déjà jugés mais non encore exécutés, ainsi que des situations frauduleuses impliquant des personnes ayant acquis la nationalité d’un pays d’exil, revenant avec de faux documents pour s’approprier des terres avant de repartir.
Malgré ces défis, certains participants ont salué le rôle de la Commission dans la consolidation de la paix, tout en regrettant que certains continuent de minimiser ou de contester ses réalisations.
La CVR rappelle sa mission et appelle à la sincérité des témoignages
Face aux inquiétudes exprimées, les commissaires de la Commission Vérité et Réconciliation ont tenu à réaffirmer la nature et les limites de leur mission. La Commission, ont-ils rappelé, n’est pas un organe judiciaire : elle est centrée sur les victimes, engagée dans la recherche de la vérité et la construction d’une réconciliation durable.

Dans un contexte où les conflits fonciers sont nombreux, la Commission Vérité et Réconciliation se concentre uniquement sur ceux liés aux différentes crises qu’a connues le pays. À Burunga comme à Butanyerera, les participants ont insisté pour que les activités de sensibilisation soient étendues jusqu’aux niveaux locaux afin d’atteindre toutes les couches de la population. Les commissaires ont mis en garde contre l’usage de documents frauduleux et ont appelé chacun à être un témoin sincère, condition indispensable pour parvenir à une vérité commune.
Une vérité à construire ensemble
Au terme de ces séances, une conviction s’impose : la résolution des conflits fonciers au Burundi ne peut aboutir sans la participation honnête de tous. La Commission Vérité et Réconciliation poursuit son travail, mais la vérité comme la réconciliation ne peut éclore que si chaque citoyen accepte d’y contribuer avec intégrité.

