Le 18 septembre 2025, la commune Kayogoro, en province de Burunga (ancienne Makamba), a accueilli une rencontre entre le MIPAREC (Ministère pour la Paix et la Réconciliation sous la Croix) et la Commission Vérité et Réconciliation (CVR). Une occasion d’évaluer les actions déjà menées en faveur de la réconciliation nationale, de la guérison des mémoires blessées et de la résolution pacifique des conflits fonciers, dans une région profondément marquée par les crises de 1972 et de 1993.
« Les œuvres de MIPAREC sont considérables et remarquables dans la communauté », a affirmé Niyomwungere Annociatte, cheffe de la zone Kayogoro. Cette rencontre a réuni les autorités locales de Kayogoro, ainsi que le représentant du gouverneur de la province de Burunga.

« Madame Kwizera Espérance, représentante officielle du MIPAREC, rappelle que cette association, créée en 1996, a mis en place des Comités de paix sur tout le territoire. »
Dans leurs discours d’ouverture, elles ont souligné le rôle déterminant du MIPAREC dans le renforcement de la paix et de la cohésion sociale. Madame Kwizera Espérance, représentante officielle de MIPAREC lors de la cérémonie, a rappelé que cette association créée en 1996, a structuré des Comités de paix sur l’ensemble du territoire. Ces organes de proximité interviennent directement dans les conflits sociaux et fonciers, avec l’appui d’une ONG allemande appelée ZOA.
Des résultats concrets et chiffrés dans la résolution des conflits
« À Kayogoro, la paix et la sécurité règnent », a assuré Niyubuntu Aloys, représentant de l’administrateur communal. Le Comité de paix de Kayogoro compte 307 membres, dont 152 femmes et 155 hommes, y compris des jeunes, selon Miburo Félicité, responsable communal du comité de paix de Kayogoro. Grâce à leur implication, 621 cas de conflits ont été résolus : 240 différends sociaux, 280 litiges familiaux et 101 conflits fonciers.

« Le Comité de paix de Kayogoro compte 307 membres, dont 152 femmes et 155 hommes, avec une forte participation des jeunes, selon Miburo Félicité, responsable communal du comité. »
Si certains cas plus complexes ont été transférés aux niveaux supérieurs, les résultats restent probants. La jeunesse, quant à elle, joue un rôle actif non seulement dans la résolution pacifique des conflits mais aussi dans le développement local, avec des projets initiés notamment dans la localité de Dunga.
La guérison des mémoires blessées, un chantier prioritaire
« La paix durable passe par la guérison des traumatismes », a insisté Miburo Félicité. Dans le domaine psycho-traumatique, 213 cas ont été pris en charge par les équipes spécialisées. Parmi eux, 150 personnes ont été totalement guéries. Sur les 63 cas restants, 11 ont été transférés au siège de Gitega pour un suivi approfondi et connaissent aujourd’hui une évolution positive. Ces résultats traduisent l’efficacité de l’accompagnement psychologique initié par le MIPAREC.

Une partie des participants à la réunion
Durant la rencontre, des témoignages de réconciliation ont été partagés, notamment ceux de trois groupes de 2 familles qui, après des années de discorde, ont retrouvé l’harmonie grâce à l’appui du ministère.
La Commission réaffirme son rôle face aux attentes des victimes
« La vérité est unique et demeure la clé de toute réconciliation véritable », a conclu le Commissaire Elie Nahimana. Celui-ci a marqué la rencontre par deux présentations : un film documentaire retraçant les enquêtes de 2020 et un diaporama exposant des archives sensibles. Ces documents concernent les maisons spoliées, les véhicules saisis et les comptes bancaires bloqués des victimes du génocide de 1972-1973.

« Les victimes déposant leurs dossiers auprès des représentations provinciales de la Commission Vérité et Réconciliation à Burunga, conformément aux directives : seuls les dossiers relatifs aux crises passées sont pris en compte, et des documents authentiques sont exigés ». Pst. Elie NAHIMANA
Face à des familles toujours en quête de justice et de réparation, Pasteur Elie Nahimana a réaffirmé que la CVR détient des archives bien fournies. Il a toutefois insisté : les victimes doivent déposer leurs dossiers auprès des représentations provinciales de la Commission Vérité et Réconciliation à Burunga et non au bureau central de Bujumbura. Il a rappelé que seuls les dossiers liés aux crises passées sont pris en compte et a exhorté les plaignants à fournir des documents authentiques – titres fonciers, preuves de propriété – et à témoigner avec sincérité.
En rassemblant MIPAREC, la Commission Vérité et Réconciliation et les autorités locales autour d’un même objectif, cette rencontre de Kayogoro a illustré que la réconciliation au Burundi n’est pas qu’un idéal, mais une réalité en marche. Entre chiffres encourageants, récits de guérison et rappel des responsabilités historiques, un message clair s’impose : la vérité et la paix sont les seuls chemins possibles pour panser définitivement les blessures du passé.

