Cibitoke : vérité, terres spoliées et justice pour les victimes du passé

Cibitoke : vérité, terres spoliées et justice pour les victimes du passé

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La Commission Vérité et Réconciliation ne découvre seulement la vérité sur les crimes du passé. Elle s’occupe aussi des terres et des biens qui ont été spoliés aux victimes pendant les différentes crises que le Burundi a connues.

Une partie des Commissaires présents à la réunion

Ce travail était avant assuré par la Commission Nationale des Terres et Autres Biens (CNTB), qui a fermé ses portes à la fin de son mandat. C’est pourquoi la Commission a réuni le 19 mai 2026 à Cibitoke des représentants de l’armée, de la police, du ministère de la Justice, des communes, des partis politiques, des églises, des associations et surtout des victimes, pour leur expliquer comment elle mène cette nouvelle mission.

Le Président de la Commission Vérité et Réconciliation , l’Ambassadeur Pierre Claver Ndayicariye, rappelle ce que la Commission a déjà accompli. Elle a établi la vérité et qualifié les crimes commis entre 1961 et 1973, et continue d’enquêter sur les crises de 1988 à 2008. Sur la question des biens spoliés, il a félicité les parties qui ont déjà trouvé un accord et a encouragé cette pratique car, l’arrangement à l’amiable est une voie prévue par la loi et qui consolide la cohabitation pacifique. Ceux qui ne l’ont pas encore fait doivent le faire rapidement.

Si rien n’est fait, la Commission Vérité et Réconciliation prend des décisions finales que personne ne peut contester devant un tribunal. Ambassadeur Pierre Claver Ndayicariye conseille ceux qui détiennent des biens volés de ne pas les vendre. Quant aux acheteurs, ils sont appelés à bien vérifier l’historique d’une propriété avant toute procédure d’achat.

Pendant la réunion, un film documentaire est projeté. Il montre le travail d’exhumation mené par la Commission Vérité et Réconciliation depuis janvier 2020 dans plusieurs provinces du pays : Gitega, Rumonge, Makamba, Ngozi, Bururi et bien d’autres. Ce film montre l’horreur des crimes de 1972 : des listes de personnes à tuer préparées à l’avance, des fosses creusées avant les massacres, des gens enterrés vivants et ligotés.

Au total, la Commission a retrouvé les restes de plus de 23 000 personnes dans 222 fosses communes à travers tout le pays. Pour beaucoup de participants qui voient ces images pour la première fois, un silence glacé mêlé de stupeur et d’effroi marque la douleur profonde face à cette ampleur de la perte humaine.

Après le film, les participants dont les survivants, les familles de victimes et les représentants d’associations en prenant la parole dressent une série de questions : comment récupérer des terres volées depuis 1965 ? Que faire des comptes bancaires bloqués en 1972 ? Comment aider les personnes revenues de l’exil ? Comment soigner les traumatismes ? Comment protéger les témoins qui fournissent des informations à la Commission Vérité et Réconciliation ?

A son tour, la Commission Vérité et Réconciliation répond point par point. Elle précisé que les listes de biens spoliés sont déjà disponibles sur plateformes de la Commission, que les dossiers urgents sont traités en priorité et que les personnes qui témoignent sont protégées, même si ces mesures de sécurité ne sont pas rendues publiques.

La réunion de Cibitoke montre que la Commission Vérité et Réconciliation entre dans une nouvelle phase de son travail : il ne s’agit plus seulement de dire ce qui s’est passé, mais de réparer concrètement les torts causés aux victimes. En se déployant dans les provinces, la Commission veut gagner la confiance de tous pour réussir cette mission difficile.

Séance de réponses aux questions des participants

Comme le rappelle souvent le Président Ndayicariye, la vérité n’est pas une fin en soi : elle doit servir la réconciliation. Et pour que cette réconciliation soit réelle et durable, il faut des actes concrets à commencer par rendre aux victimes ce qui leur a été volé.

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