« Il avait déjà été tué »

« Il avait déjà été tué »

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Le 3 mai 1972, Ngezahayo Longin, Directeur général de l’Aéronautique au Burundi, fut arraché à sa famille en plein midi. Sa fille Marie Jeanine, treize ans à peine, fut témoin de la scène. Cinquante ans plus tard, elle porte encore la mémoire de ce jour maudit où l’appartenance ethnique a signé l’arrêt de la vie de son père.

Ce mercredi-là, il n’y avait pas d’école. Ngezahayo Marie Jeanine jouait dans leur appartement à la zone Ngagara, l’endroit connu sous le nom d’OCAF, non loin du camp militaire, quand les soldats surgirent. Elle et son frère Ngezahayo Emmanuel coururent se réfugier dans la salle à manger, le cœur battant.

Pour tout commencer, un certain « Monsieur X » se présenta au domicile de M. Ngezahayo alors que ce dernier se trouva au travail. Il laissa à sa femme un message périlleux pour son époux : chaque minuit, il devrait l’accompagner pour se présenter ensemble au drapeau. C’était un piège. Ce midi-là, au retour du travail, Ngezahayo Longin fut interpellé et embarqué dans une jeep militaire sous les yeux de sa famille.

Aussitôt après l’arrestation, la mère de Marie Jeanine se précipita au commissariat de police pour obtenir des nouvelles de son mari. La réponse des autorités fut lapidaire et sans appel : elle pouvait rentrer chez elle. Son époux avait déjà été exécuté.

Dans les jours suivants, la famille subit un isolement organisé : le téléphone, l’eau et l’électricité leur furent coupés. Pour s’approvisionner en eau, les enfants devraient se rendre au camp de gendarmerie voisin. Les relations avec les voisins se dégradèrent rapidement. On les stigmatisait, on les traitait d’enfants de traîtres (« Abamenja », dans la langue nationale.)

Le sort de leur père ne fut pas un cas isolé. Après son assassinat, d’autres arrestations similaires se succédèrent dans le voisinage, ciblant les Bahutu de la zone. Un certain Emmanuel et d’autres hommes furent embarqués de force dans des camions militaires surnommés « je-m’en-fous ». Certains périrent en route, poignardés sous les yeux de la population. D’autres furent acheminés de façon déplorable à des destinations ignorées avant d’être exécutés, à Buterere et ailleurs.

Face à cette violence à ciel ouvert, la famille décida de fuir. La mère emmena ses enfants se réfugier dans la zone Nyakabiga, où elle possédait une autre maison. « L’appartement de Ngagara, que mon père était acquis auprès de l’État et que ma mère avait fini de payer la totalité après son veuvage a été abandonné dans la précipitation. »

Des Commissaires de la Commission Vérité et Réconciliation ainsi que les participants à la rencontre

Ngezahayo Longin était Directeur général de l’Aéronautique, haut cadre de l’État burundais. Selon le témoignage de sa fille, il n’a commis aucun crime, aucune faute professionnelle. Il a été tué parce qu’il était Hutu, originaire de la commune Bugendana, province de Gitega. Marie Jeanine avait treize ans. Elle porte cette vérité depuis plus d’un demi-siècle.

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