Kirundo : Ce n’est pas l’ethnie qui tue

Kirundo : Ce n’est pas l’ethnie qui tue

C’est en date du 26 juin 2021 que la Commission Vérité Réconciliation a organisé la cérémonie marquant la clôture provisoire de ses activités dans les provinces de Muyinga et Kirundo. L’activité a duré au moins 5 semaines et a consisté en des fouilles des fosses communes, des auditions de témoins et victimes de la crise de 1972, ainsi qu’en la recherche de documents et archives témoignant des faits sur la disparition d’environ 600 personnes, hommes et femmes, en grande partie de l’ethnie hutu. C’est ce qu’a notamment déclaré le numéro 1 de la CVR, Amb. Pierre Claver Ndayicariye.

Willy Ntakarutimana

Les cérémonies ont été organisées simultanément dans les deux provinces, précédées d’un voyage de presse dans le but de montrer aux journalistes le travail déjà fait par la CVR au cours de ces 5 semaines.
Dans Kirundo et Muyinga, ces hommes et femmes des médias ont été promenés en commune Mwakiro, au site CVR situé à la colline Musenga, zone Kiyanza, en commune Buhinyuza, sur le site Burenza près du bureau de zone Buhinyuza, sur le site de Nyarunazi où il y avait de 1959 à 1994 un camp de réfugiés rwandais (ceux-ci auraient d’ailleurs trempé dans des crimes commis contre des Burundais à Buhinyuza comme à Mwakiro), ainsi que sur le site de Butihinda situé sur la colline de Bwankamugayo. La visite s’est poursuivie le lendemain sur le site de Vumbi à proximité de la salle de réconciliation et du bureau communal, ainsi que sur le site de Gasura dans les bananeraies situées en bas du marché de Vumbi.

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De gauche à droite: le gouverneur de la province Kirundo,Albert Hatungimana; Abel Gashatsi, le deuxième vice président de l’Assemblée National; Prosper Bazombaza, le Vice président de la République du Burundi et Pierre Claver Ndayicariye, le Président de la CVR

Les cérémonies proprement dites ont commencé par deux prières dirigées respectivement par l’abbé Nzohabonayo Bonaventure, Curé de la paroisse Kanyinya ainsi que par l’Imam de la communauté musulmane, Ali Abélard. Elles ont été rehaussées par la présence de Prosper Bazombanza, Vice-Président de la République ainsi que par Abel Gashatsi, Deuxième Vice-Président de l’Assemblée nationale du Burundi.
Dans son mot de bienvenue, Albert Hatungimana, le Gouverneur de la province de Kirundo, a souligné que l’ensemble des 193 collines qui composent la province de Kirundo sont calmes. Il a aussi salué l’équipe de la CVR déployée dans sa province, une entité administrative qui a également été touchée de plein fouet par la crise de 1972.
Bien qu’il n’était encore qu’un enfant à cette époque, le Gouverneur Hatungimana a précisé que bon nombre de victimes arrêtées étaient emmenées directement vers le chef-lieu de la commune de Vumbi. Certaines personnes étaient convoquées à des réunions, d’autres devaient, dit-on aller, s’expliquer sur des dettes qu’ils auraient contractées auprès de l’État.
D’autres personnes ont été rassemblées dans la forêt de Murehe en commune Busoni lors d’une attaque rebelle de 1973. Ceux qui sont partis vers cet endroit ont tous été massacrés. Il espère alors que la CVR va enfin révéler la vérité sur toutes ces informations et contribuer à la réécriture de la véritable histoire du pays sur cette crise qui a coûté la vie à de beaucoup de victimes en 1972. Ainsi, la CVR aura contribué à dissiper toutes les rumeurs et mensonges colportés à propos de la crise de 1972/1973, a dit le Gouverneur Hatungimana. Il a promis de soutenir la Commission chaque fois que de besoin et a demandé à toute la population de la province de Kirundo d’apporter des témoignages afin que la vérité sur la crise de 1972 soit révélée.
Dans son discours de circonstance, le Président de la CVR a affirmé que la province de Kirundo a été gravement touchée par la crise de 1972. Les auteurs des atrocités ont été cités par des témoins encore vivants, notamment des veuves, des orphelins et des survivants. En 1972, la province de Kirundo était encore un arrondissement de la province de Muyinga, autant dire que ces deux provinces vivaient la même épreuve.
Les familles des auteurs menacent des témoins afin de cacher la vérité
Le Président de la CVR a déclaré que le travail de recherche des fosses communes dans la province de Kirundo s’est heurté à certaines difficultés. Ce sont entre autres des témoins qui ont été menacés et terrorisés par des familles des auteurs présumés. Mais il a félicité tous les témoins provenant de toutes les couches sociales et divers services qui ont informé la CVR. Cependant, il a déploré que lors des exhumations, la Commission ait trouvé des corps décapités et d’autres manquant certaines parties. Le nombre total de personnes exhumées dans la province Kirundo est de 157, la commune Vumbi venant en tête avec 116 victimes.
D’autres victimes ont été emmenées pour être tuées dans les provinces de Ngozi et Gitega, selon les enquêtes menées par la CVR. Ces victimes étaient en grande partie accusées d’être des traîtres « abamenja », de s’être approprié des biens publics, ou d’avoir voulu renverser le régime politique de l’époque. Il y en a d’autres qui ont été qualifiés de petits animaux sauvages appelés mulele, ou de sorciers (abarozi) dans la province de Muyinga, plus précisément dans la commune de Buhinyuza.

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Amb.Pierre Claver Ndayicariye, le Président de la CVR


Amb. Ndayicariye est également revenu sur les objectifs poursuivis par la Commission, car il observe toujours des gens qui croient que la mission de la CVR est de ramener le pays dans cette crise plutôt que de révéler la vérité afin que les familles et le pays puissent être libérés dans leurs cœurs. Il a rappelé que la vérité recherchée par la Commission sur les crises cycliques que le pays a traversées, est une vérité qui diffère des auteurs et des innocents, une vérité qui aide les enfants à ne pas être responsabilisés des crimes commis par leurs parents. C’est cette vérité qui révèle aux Burundais que ce n’est pas l’ethnie qui a tué, mais plutôt un mauvais pouvoir. Et c’est cette vérité qui permettra aux Burundais d’établir les vrais piliers de la réconciliation nationale.
Le Vice-Président de la République, Prosper Bazombanza a abondé dans le même sens que le Président de la CVR en disant qu’il n’y a pas d’ethnie qui est née pour être criminelle, et a demandé à la population, surtout aux administratifs à la base, de demander pardon à Dieu car le pouvoir de l’époque a terni l’image du pays. Il a remercié les habitants de Kirundo qui ont travaillé avec la CVR pour découvrir la vérité et a appelé les acteurs encore en vie à se repentir et à témoigner à la CVR. Selon Bazombanza, les tueurs ont été induits en erreur par le pouvoir de l’époque, parce qu’il n’y a pas de loi qui appelle les gens à s’entretuer.
Le Vice-Président de la République a demandé à la CVR d’établir des listes de personnes ayant joué le rôle de sauveteur dans toutes les ethnies et de les afficher aux chefs-lieux des communes et des provinces. Il a affirmé que tous les Burundais sont les mêmes parce qu’ils ont été créés à l’image de Dieu.
Les cérémonies se sont terminées par le partage d’un verre en signe de levée de deuil partielle.

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