Kirundo: Des témoins se confient à la CVR dans la commune Gitobe

Le 05/10/2021, une équipe de commissaires et de cadres de la Commission Vérité et Réconciliation s’est rendue dans la commune de Gitobe dans la province de Kirundo pour collecter des informations liées aux violations massives des droits de l’homme de 1972. Les témoins contemporains de ces violations donnent des preuves qui montrent que cette commune n’a pas été épargnée.

Le témoin B.F. rencontré à son domicile à la sous-colline Runyinya, un ancien brigadier de police, raconte que l’administration locale et l’armée de l’époque étaient très actives dans les arrestations et le transport des victimes des différentes communes de l’arrondissement de Kirundo dont Ntega, Gitobe, Bugabira, Bwambarangwe, Busoni, Vumbi et Kirundo. Les victimes étaient, selon ce témoin, acheminées au lieu de rassemblement situé au chef-lieu de la commune Vumbi où se trouvaient le tribunal et la prison. Les victimes étaient finalement massacrées sans même devoir comparaître devant le tribunal. Certaines victimes étaient tuées avant d’être transportées vers des fosses communes et d’autres étaient achevées au moment de les y déverser. Celles-ci ont été creusées par la population de la colline Gasura, commune Vumbi, dans la localité dénommée « Kukabatwa » en  commune Kirundo.

Un autre témoin oculaire qui était à l’époque brigadier de police a déclaré à la CVR qu’il passait jour et nuit aux barrières. Pendant ce temps, il voyait des victimes emportées manu militari à bord des camions convoyés par des militaires, au chef-lieu de la commune Vumbi.

Les deux sources confirment que les personnes arrêtées étaient en grande partie des intellectuels et des commerçants. En plus d’avoir été tués et jetés dans des fosses communes, leurs maisons et autres biens ont été pillés par l’administration de l’époque.

Les corps des victimes dévorés par les bêtes sauvages

A la sous-colline Murehe de la colline Gatete, en zone Gatare de la commune de Busoni, la CVR a également découvert des ossements humains dans une réserve naturelle connue sous le nom de Ciseke ou Kukabaroberi. Ce lieu était une forêt en 1973 qui abritait un gisement de cassitérite. Les victimes de Ciseke ont été tuées après les massacres de 41 réfugiés burundais venus du Rwanda qui voulaient rentrer dans leur pays d’origine des armes à la main.

Les habitants de Busoni ont été forcées par l’administration de couper les arbres et herbes de cette forêt pour empêcher des incursions des rebelles, d’où le nom de « Kukaroberi ». Cependant, ces gens se sont vus attaqués par les militaires et un hélicoptère envoyé par le Président Micombero Michel. Les rescapés ont vu ce Chef d’Etat arriver chez eux habillé en salopette. Selon ces témoins, des ossements étaient éparpillés un peu partout car les victimes n’avaient pas encore été enterrées.

D’autres témoins ont déclaré qu’aucune fosse commune n’avait été creusée à Murehe en 1973. Les corps des victimes ont été laissés à l’air libre pour être finalement dévorés par les bêtes sauvages.

Ossements trouvés pendant la vérification des fosses communes à Murehe/Busoni

Les mêmes témoins sur place ont également précisé que les victimes étaient constituées des ressortissants des provinces de Kayanza et Ngozi venus dans la localité à la recherche de propriétés foncières à Busoni. Après le massacre, leurs familles ont été expropriées et forcées par l’administration à retourner dans leurs provinces d’origine. Leurs maisons et propriétés ont été attribuées aux réfugiés rwandais qui ont directement procédé à la récolte du sorgho qui, au mois de juillet, était prêt à la cueillette.

Les activités d’exhumation se sont poursuivies à la sous-colline Gasura, zone et commune Vumbi, derrière le marché. Des témoins estiment que ce massacre était bien planifié car les fosses sont disséminées autour d’une bananeraie.

Le constat est que les victimes ont chacune été jetée dans une fosse comme dans un cimetière. Lors de l’exhumation, aucun vêtement n’a été trouvé dans les 15 premières fosses. Cela prouve que les victimes ont été déshabillées avant d’être jetées dans ces fosses. La CVR a constaté que certaines victimes avaient mis leurs bras sur la tête, signe qu’elles ont été tuées étant déjà dans la fosse. Il y a aussi des fosses où seules les têtes ont été retrouvées sans aucune autre partie du corps.

Exhumation des restes humains Gasura/Vumbi

Dix-huit fosses ont déjà été découvertes à Gasura/Vumbi. Chaque fosse ne contenant qu’une seule personne. Parmi les autres objets découverts figurent des chaînettes, une croix, deux bracelets, une bague, des perles et des vêtements trouvés dans trois des dix-huit fosses creusées. Les fosses ne contenant que la tête, ont la forme d’un carré de 0,50 m de côté et de profondeur. D’autres contenant les parties entières du corps avaient une forme rectangulaire de 2,10 m de longueur, 1,20 m de profondeur et 0,50 m de largeur.

Bizimungu Léon                                                                                                                                                                               

                                                                                                                                                                         

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