Bururi: Des élèves massacrés sur le chemin du retour à la maison

Bururi: Des élèves massacrés sur le chemin du retour à la maison

La Commission Vérité et Réconciliation du Burundi vient de trouver un triste fait datant de 49 ans. Depuis le début de la semaine, les activités de la CVR en cours dans la province de Bururi l’ont mené en commune de Matana, où une fosse commune contenant 7 élèves qui fuyaient les tueries à l’Athénée de Gitega a été exhumée. Ces élèves espéraient trouver refuge chez eux, mais ils sont tombés entre les mains des autorités locales travaillant de connivence avec des jeunes membres de la JRR, selon un témoin de la scène.

La douleur et des pleurs se lisent sur les visages des villageois de la colline Gasibe en zone Kibezi de la commune Matana en province de Bururi devant les ossements et les vêtements que portaient ces élèves. La fosse commune où ont été jetés les six élèves se trouve dans une prairie de la famille Kimamara.

Ils sont tombés sur une barrière de la JRR juste au sommet de la colline Gasibe, non loin de quelques maisons d’habitation. Il y avait un lieu de rassemblement dit ‘ku gicaniro’ où des passants étaient arrêtés, interrogés et éventuellement tués après avoir été torturé. Cela s’est passé vers fin juin 1972.
Le travail de leur exhumation commence par une prière. Soudain, quelqu’un se présente et assume cette tâche. Le monde qui l’entoure se tient comme à la messe. D’autres chuchotent : « Bari bazi ko bitazomenyekana none raba ukuri kugiye kwamenyakana », pour dire, voici que vérité éclate au grand jour.

Pasteur Elie Nahimana, l’un des Commissaires de la CVR et chef de l’équipe d’exhumation appelle à la retenue et rapporte que ces personnes ont été tuées de manière inhumaine et que les victimes auront droit à un enterrement digne, comme le veut la coutume burundaise. Les habitants de la localité de Gasibe avaient pourtant gardé en mémoire ces élèves tués alors qu’ils rentraient en vacances à la maison.

La liste de leurs noms est remise à la CVR : Nsabimana Dominique de la famille Rwasa résidant sur la colline Nyazuba ; Rurimwindavyi André de la colline Gisarenda Myukwe ; il était de la famille de Ndayamirwa; Gasaba Athanase, fils de Nyafurugeti Antoine de la colline Dutwe Kiroba ; Kayibigi Venant, fils de Rwuri résidant sur la colline Gisarenda Nyakigi; Kajangwa André de la famille Magenge résidant à Rubanga; Ndayuwundi de la colline Kinyinya. L’un des élèves était copieusement ligoté comme les témoins le déplorent. Il y avait enfin un autre jeune élève identifié sous le nom de Dondi, de la colline Ruzina Masasi.

Les témoins indiquent à la CVR que ces élèves avaient été renvoyés en vacances par les responsables de l’Athénée Mwami Mwambutsa IV de Gitega pour des raisons de sécurité. Par ailleurs, poursuivent les mêmes témoins, il y a d’autres élèves bahutu qui n’ont pas réussi à quitter l’école et qui ont été tués et jetés dans une fosse commune située non loin de l’établissement appelé Ecole Normale des Filles (ENF) de Gitega. « La CVR a encore du pain sur la planche», commentent l’un des témoins sur place.


Des victimes invitées à la récolte de manioc


La CVR a appris au même endroit que les crimes n’ont pas épargné les adultes et que le nombre de victimes de la crise de 1972 est inestimable. Des individus ciblés étaient prétendument invités à des activités champêtres, notamment à la récolte du manioc, puis étaient arrêtés et conduits par des jeunes militants de la JRR jusqu’au bureau communal de Matana situé à Gitandu pour y subir une mort atroce. Une immense fosse commune a été exhumée sur place à Gitandu.

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Des récits des témoins disent que ceux qui partaient dans ces conditions ne revenaient plus. Même les rares rescapés n’avaient pas le droit de révéler ou de dire ce qu’ils avaient vu à Gitandu. Les témoins interrogés par la Commission accusent le régime de l’époque d’avoir été à l’origine de la barbarie de 1972. Ils ont notamment confirmé avoir entendu sur les ondes de la radio nationale, le Président de la République, Micombero Michel appeler au calme, permettant ainsi le retour au bercail de certaines familles en fuite. Mais une fois de retour, ils ont été attrapés et traités de bamenja, puis exécutés systématiquement.

Les meurtriers de Gasibe ont été aussi accusés de spoliations des biens des familles des victimes : propriétés foncières, bétail, meubles, etc. La CVR fait actuellement face à des demandes de réhabilitation dans leurs droits, car jusqu’à ce moment il y a encore des gens qui connaissent les familles de leurs spoliateurs.

Pasteur Elie Nahimana a indiqué que les restes humains doivent être jalousement gardés et appelle la population à venir participer à une messe bilan en mémoire des victimes déjà exhumées dans la province de Bururi. La cérémonie a été placée au samedi 17 avril 2021 à la colline Kiremba- sud, au terrain dit « Muzenga wa Rwankona » en commune Bururi où la CVR a également exhumé une grande fosse commune.

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