Bujumbura: Que chacun assume sa responsabilité

Bujumbura: Que chacun assume sa responsabilité

Le 25 mars 2021, à l’Université Espoir d’Afrique, la CVR a animé une conférence autour du thème : « Vivre et Survivre ensemble ». C’était aussi pour le Bureau de la Commission une occasion de présenter à la communauté universitaire les résultats des activités de la CVR. Les personnalités invitées à cette activité étaient des autorités académiques, le corps professoral, le personnel d’appui et les représentants des étudiants de cette institution académique.

La mission principale de la CVR est d’enquêter et d’établir la vérité sur les violations graves commises au Burundi, a rapporté le Rév. Ninziza Clément Noé, Vice-président de la CVR dans sa communication. Eclairer l’opinion que la Commission n’intervient jamais dans les affaires civiles.
Selon lui, la Commission recherche des abus extrajudiciaires commis pendant les périodes sombres que le Burundi a traversées.

Ces périodes peuvent, en effet, s’expliquer par la découverte et l’exhumation de fosses communes déjà, les familles des victimes dont les biens ont été pillés, les familles des victimes qui réclament des réparations, bref, les victimes et survivants dont les droits ont été violés au cours de ces différentes crises. Le Vice-président de la CVR estime que ces exactions extrajudiciaires émanent en grande partie de la période coloniale.

Les témoins de la crise de 1972 pointent du doigt la JRR, Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore, un mouvement intégré au parti Uprona dans les arrestations des gens dans la région d’Imbo, comme l’a montré la CVR dans son récent parcours à la recherche de la vérité dans les provinces de Rumonge et Makamba en 2020.
Ainsi, ils précisent que les personnes tuées dans la zone Gitaza commune Muhuta de la province Rumonge et ses environs avaient été arrêtées par ces jeunes influents du parti Uprona. Ces arrestations se sont également poursuivies jusqu’en 1973 comme nos témoins l’indiquent.

Le chef-lieu de commune Muhuta était, en quelque sorte, un lieu de rassemblement de gens qui devaient être assassinées. Cette fois, ce n’étaient plus ces jeunes, plutôt des militaires burundais, s’indigne un enseignant de cette Université.
Les victimes étaient ensuite chargées dans des camions, d’autres tuées sur place faute de place dans le camion, a-t-il expliqué. Il demande à la CVR de retourner dans la province de Rumonge car le nombre de victimes de la crise de 1972 est très élevé.
Suite à ces violations des droits humains que la CVR doit nécessairement traiter, des questions concernant la qualification ont également été soulevées. Des participants se sont demandé si les crimes de 1972 seront qualifiés de génocide. D’autres évoquent un programme national de deuil pour les familles des victimes, car celles-ci ont été tuées comme du bétail conduit à l’abattoir.
D’autres ont estimé que la vérité révélée par la CVR n’a jamais été enseignée à l’école et que l’histoire du Burundi a été déformée. D’où ils proposent de mettre en place un programme de réécriture de l’histoire du Burundi.

Une vérité qui conduit à la réconciliation

Les intellectuels de l’Université Espoir d’Afrique félicitent la CVR pour le pas déjà franchi dans la recherche de la vérité mais certains craignent encore de réveiller des mémoires blessées qui pourraient conduire à des cas de représailles et veulent savoir comment la Commission procède pour répondre à cette question.

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La recherche de la vérité est un long processus d’autant plus qu’il existe encore des provinces où la Commission n’a pas encore mené d’enquêtes, répond le numéro 2 de la CVR aux questions des participants. Cependant, il pense que d’ici juillet, le travail d’échantillonnage sera déjà terminé pour ensuite passer à l’analyse.
A propos des témoins qui ne souhaitent pas révéler les faits en leur connaissance, le Secrétaire de la Commission, Madame Nzigamasabo Léa Pascasie n’y va pas par quatre chemins : « Ce qui s’est passé dans le pays est un secret de Polichinelle. Si des tutsi ne veulent pas s’exprimer, des hutu vont témoigner à leur place et parfois avec le risque qu’ils donneront même de fausses informations, et vice versa. »
Cependant, la CVR prend en compte les informations qui ont été fournies par le grand nombre de témoins, les fosses communes exhumées donnent aussi du sens. Par ailleurs, les orphelins et les veuves sont aussi des preuves tangibles des violations des droits humains dans le pays, explique Madame Nzigamasabo.
Pour elle, si la réconciliation est un processus national, il est avant tout un processus individuel, collectif et communautaire. D’où, la CVR ne peut rien faire sans l’implication de tous. Il demande ensuite à chacun de lui apporter son soutien pour parvenir à une véritable réconciliation.


Willy Ntakarutimana

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