BURURI: Plus de 80 fosses communes signalées dans la province.

Mercredi 10 février 2021, la Commission Vérité et Réconciliation CVR a lancé ses activités dans la province de Bururi à partir d’une fosse commune datant de 1972 vérifiée et confirmée à la colline Muzenga-Rwankona commune Bururi. Les victimes ont d’abord été tuées avec des balles, des gourdins et des pierres. L’administration a invité la population à collaborer avec les équipes CVR déployées dans toutes les communes de la province Bururi.

Au terrain de football de Rwankona. C’est là où les cérémonies ont eu lieu. C’est également là où les victimes étaient rassemblées. Lors de cette rencontre, le gouverneur de la province de Bururi, quelques parlementaires élus dans la circonscription de Bururi, les forces de l’ordre et de sécurité ainsi qu’une masse de paysans dans le seul but de se rassurer sur la véracité de ce lieu qui abritait une fosse commune, creusée avant la crise de 1972 pour la construction des lieux d’aisance, selon les témoins.
Au premier regard sur les restes humains, tout le monde est attristé, plein de remords et conscient. Les septuagénaires se souviennent de cette tragédie qui a coûté la vie à des voisins et des amis.


« Bamwe babakura ku mihana iwabo, bakaburiza « ngeringeri » gushika aho kw’ivuriro. Niho hari komine. Bakababohera aho kw’ikomine imbere yo kuza kubicira aha muri kino kinogo. Abandi babatumako kw’i komine »
Pour signifier que « certains étaient arrêtés à leur domicile et emmenés dans un camion appelée « ngeringeri » à ce centre de santé où ils étaient ligotés avant d’être tués. A l’époque, c’était le bureau communal. D’autres étaient convoqués à la commune »


Cependant, les raisons de ces disparitions forcées semblent complexes et perplexes pour nos témoins. Certains disent que les personnes visées étaient des Hutu accusés de travailler de mèche avec les milices mulelistes de Rumonge qui voulaient renverser le régime Micombero, d’autres indiquent plutôt qu’il y a des gens qui ont été victimes de leurs biens. Et cela s’explique par le fait qu’après l’assassinat, leur bétail, et en particulier les vaches, ont été volés.


Et d’autres affirment carrément qu’il s’agissait d’un plan politique pour éliminer les Hutu et surtout les riches parce qu’ils étaient très avancés économiquement par rapport aux Tutsi.
D’autres évoquent plutôt la politique du régime pour pouvoir déjouer le plan d’élimination des Tutsi par des mulele en connivence avec les Hutu.
La CVR fait déjà des progrès très significatifs dans la recherche de la vérité sur la crise de 1972 et en particulier sur les mulele, a souligné Amb. Pierre Claver Ndayicariye, Président de la CVR en janvier dernier lors de la présentation du rapport d’étape, exercice 2020, à l’hémicycle de Kigobe devant les deux chambres du parlement burundais réunis en congrès.


Dans ses propos, le Vice-président de la CVR, Rév Clément Noé Ninziza, qui avait rehaussé de sa présence ces cérémonies d’ouverture, a salué la contribution de la population de cette province en 2017 dans le seul but de chercher la vérité vers le développement durable. Ainsi, environ 2090 personnes et une trentaine de témoins oculaires ont été accueillies par la CVR.

                   Plus de 2500 victimes dans la province de Bururi.

Ces témoins nous ont raconté les crises qu’a connues le Burundi de 1972 à 1993. Les informations qu’ils nous ont fournies nous ont permis de compter au moins 2786 personnes assassinées et autres disparues pendant toutes ces périodes douloureuses, a déclaré le Vice-président de la CVR.
Pour lui, les investigations que la CVR veut mener pour ce second tour lui permettront de connaître la vérité sur le déroulement de toutes ces périodes douloureuses.


Il explique à nouveau les raisons pour lesquelles la CVR s’attaque actuellement à la crise de 1972: « Abantu b’inararibonye bo muri ico gihe, abenshi bariko baratambuka. Abandi bageze mu zabukuru, abandi baramaze mbere no kwitaba Imana. Twipfuza ko rero abo batama n’abatamakazi batogenda bataduhaye amakuru yabo ngo baduhe umuco ku vyo babonye, ku vyago vyabashikiye, ku vyago vyashikiye Uburundi, kandi turaziko ngaha muri iyi ntara ya Bururi ; ni aha, ibintu vyahashitse »


Pour dire que: « La majorité des témoins oculaires vieillissent petit à petit, certains sont déjà vieux, certains sont déjà morts. On aimerait que ces personnes âgées ne puissent pas partir sans faire la lumière sur ce qu’elles ont vécu, les mauvais moments qu’elles ont connus, les mauvais moments qu’a traversés le Burundi. Et nous sommes convaincus que la province de Bururi a vécu ces périodes »


Le Secrétaire de la Commission, M. Léa Pascasie Nzigamasabo ajoute que la vérité s’explique en première lieu à partir d’une fosse commune et les enquêtes se poursuivent. Elle appelle les personnes ayant des témoignages à se confier à la CVR afin que le pays soit bâti sur une base solide basée sur la paix, la vérité et la sécurité.


Bandenzamaso Léonidas, gouverneur de la province de Bururi demande à la CVR d’œuvrer pour le bien de tous car la vérité est unique. Il explique que les activités de la CVR sont une leçon pour les Burundais et surtout que le Seigneur nous recommande à l’amour du prochain: « Umubanyi ni wo muryango »
Cette recherche de la vérité a été faite même en dehors de la commune Bururi. Les communes de : Matana, Rutovu , Mugamba, Vyanda et Songa ont été visitées. Des témoins ont été auditionnés, des fosses communes ont été renseignées et confirmées. Les activités de la recherche de la vérité reprendront début mars.

Willy NTAKARUTIMANA

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