Souvenirs d’une population meurtrie par des rebelles et militaires.

Souvenirs d’une population meurtrie par des rebelles et militaires.

La commune de Vugizo est l’une des communes du Burundi qui ont été les plus touchées par la crise de 1972. Les familles des victimes ont donné à la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) des témoignages ahurissants sur la barbarie des rebelles mulélistes et des représailles militaires. Des précisions ont été aussi données à propos des mécontentements sur le régime du Président Micombero et sur le soutien d’une partie de la population aux rebelles mulélistes.

Au cours du mois de septembre 2020, la CVR a dénombré dans la province de Makamba, 1084 victimes de la crise de 1972 déjà exhumées. Le lancement de la campagne d’enquêtes approfondies sur cette crise dans le sud du pays est intervenu à Gikuzi (Vugizo) le 25/08/2020 pour les fosses communes confirmées.
Ces lieux de mémoire blessée en province Makamba sont disséminés sur plusieurs collines dont celle de Gikuzi où, selon les témoignages, des militaires poursuivant des rebelles mulélistes en mai 1972, ont rassemblé et tué un grand nombre de personnes. D’autres fosses communes ont été découvertes à Gishiha, Musebeyi, Butambasha, Butanyerera, Jongwe, Gisenyi, Munonotsi, Muvumu, Karinzi, Rabiro et Martyazo.

Des informateurs continuent à révéler à la CVR d’autres fosses communes de la commune de Vugizo, comme le dit Madame Léa Pascasie Nzigamasabo, Secrétaire de la CVR et responsable de l’équipe déployée dans la province de Makamba.
Selon Gaspard Nijimbere, un sexagénaire de Martyazo, retraité de l’armée, la crise de 1972 a touché autant les tutsis que les hutus. Dans un premier temps, ce sont des combattants mai-mulele alliés à des hutus qui ont tué des tutsi, poursuit Nijimbere qui affirme être lui-même un rescapé de cette crise. Il s’est souvenu que tout a commencé un certain dimanche 30 avril 1972. « Nous venions de célébrer la première messe qui avait eu lieu dans la paroisse de Martyazo…

Un chauffeur d’une voiture VW couverte de sang est venu nous informer de l’assassinat, en commune Nyanza-lac, de Frédéric Niyonizigiye, administrateur de la commune Vugizo. La veille, cette autorité communale était à Rumonge. Les auteurs de ce crime seraient des mayi mulele », conclut Nijimbere.
La crise proprement dite a commencé lundi 1er mai 1972. Ainsi, chacune des 21 collines de la commune de Vugizo avait une maison du parti UPRONA. Ces maisons ont été incendiées par les rebelles qui ont aussi brûlé tous les drapeaux de ce parti. Selon Nijimbere, les rebelles ont commencé des arrestations de tutsis en cascade, y compris des membres de sa famille. Cela a continué jusqu’à vendredi de la même semaine.

Plusieurs autres témoignages sont venus corroborer les déclarations de Nijimbere tout en précisant que ce vendredi, un groupe de rebelles mayi mulele en colère, avait déjà parcouru collines et montagnes à la recherche de tutsis pour les rassembler et les tuer dans une cellule près du centre de santé de Vugizo.
Les rebelles parlaient en grande partie le swahili, selon les témoins qui ajoutent qu’ils étaient armés de machettes, de lances et de gourdins. Ils provenaient de la plaine de l’Imbo, depuis Nyanza-lac et Vugizo. Ils ont même pris pendant un certain temps, le contrôle du bureau communal de Vugizo avant le déménagement vers le terrain de football de Gikuzi.

La Commission Vérité et Réconciliation a appris que c’est près de cette cellule que plusieurs tutsis ont été tués, selon des témoins qui ont vu des traces de sang et des vêtements que portaient les victimes. L’un de ces témoins précise que n’eut-été l’intervention d’un évangéliste nommé Jacques Ndamugoranye, une dizaine de tutsis déjà arrêtés la veille, allaient aussi être tués le même jour.

Représailles des militaires contre les hutus
Après le carnage fait au centre de santé de Vugizo par les rebelles mai-mulele contre les tutsi, des militaires sont arrivés samedi, journée dite de malheur pour la population hutu de Martyazo et de Gikuzi.
Les informateurs des deux collines ont dit à la CVR avoir vu des soldats débarquer en voitures, au lendemain du massacre des tutsis. Ces soldats venus de Gitega via Makamba s’étaient revêtus d’herbes et d’autres objets de dissimulation, à l’image des rebelles mai-mulele.

Arrivés sur la colline Martyazo, les militaires ont appelé à haute voix la population en particulier les hutus qui étaient restés sur les collines. « Venez nous accueillir, nous sommes vos frères ; Nous venons vous récompenser pour le travail que vous avez accompli », a dit l’un des témoins en expliquant comment les hutus ont quitté leurs maisons pour aller à la rencontre des militaires. Les hutus qui croyaient qu’ils allaient être récompensés ont quitté leurs maisons sans savoir qu’ils allaient être tués. Après avoir rassemblé un grand nombre de hutus, spécialement ceux de la localité de Gasebeyi, les militaires ont sorti leurs armes et les ont massacrés.

Les rescapés du carnage ont pris le chemin de l’exil vers Kagunga en Tanzanie, expliquent les témoins. D’autres témoins ont raconté une autre version des faits à la CVR. Ils ont dit que la population de Gikuzi a été invitée à une réunion exceptionnellement réservée aux gens de sexe masculin. La réunion s’est tenue sur le terrain de football de Gikuzi, près de l’ancien bureau communal et du tribunal de résidence.

La population s’est retrouvée encerclée par les militaires et des listes d’appels ont été établies sur place, colline par colline. Des hutus ont été sélectionnés et rassemblés dans la cellule du tribunal de résidence et ont été fusillés par des soldats en provenance de la province de Gitega. Ils étaient accusés d’avoir collaboré avec les rebelles mai-mulele. Les militaires étaient dirigés par le commandant Sinduhije Jérôme, indiquent les témoins qui ajoutent que les survivants ont reçu l’ordre de rassembler les corps des défunts massacrés pour les jeter dans des fosses communes creusées près du terrain de football.

Les informateurs de la CVR ont aussi expliqué qu’au cours des mois qui ont suivi jusqu’en août-septembre, des tueries se sont poursuivies, visant surtout des intellectuels hutus et autres personnes aisées. Ce fut le cas des enseignants de l’école primaire de Martyazo et de ceux des autres localités de la commune Vugizo.

Les mêmes interlocuteurs demandent à l’Etat burundais en général, et à la Commission Vérité et Réconciliation en particulier, d’entamer rapidement le travail de réconciliation nationale afin que « PLUS JAMAIS » des burundais ne soient tués pour leur appartenance ethnique. Ils souhaitent enfin l’érection sur place d’un monument en mémoire des victimes

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