Plan de renversement du régime Micombero par les assaillants mulélistes en 1972.

Ce témoignage que vous allez lire est inédit. C’est un récit fait à la Commission Vérité et Réconciliation par un homme, Célestin Magenge, qui prétend avoir participé aux réunions clandestines avec les mulélistes en 1972. Ici nous n’en publions que des éléments essentiels.
Il raconte :

« Avant le début de la crise de 1972, des réunions clandestines étaient tenues dans le but de renverser le Président Micombero. La mission de tuer ce dernier ayant échoué, il profita de l’occasion pour exterminer les hutu.
Déjà depuis 1966, des arrestations en cascade visant de riches hutus et des intellectuels ne cessaient guère. Ce fut le cas d’un ancien député nommé Biyorero qui fut enlevé et battu mais qui fut libéré par la suite. D’autres nombreuses arrestations étaient observées dans tout le pays, notamment dans les provinces de Ngozi et Gitega. C’est ainsi qu’un certain nombre de hutus se décidèrent de s’organiser pour se libérer du joug et de renverser le régime divisionniste du Président Micombero.

Magenge Célestin montre un endroit susceptible de loger une fosse commune à Busebwa

En 1969, une réunion a eu lieu sur la colline Busebwa, en zone Gatete de la commune et actuelle province Rumonge. J’ai participé à cette réunion où il y avait aussi des gens proches du Président Micombero. La réunion a vu aussi la participation d’un homme appelé Celius qui devait succéder au Président Micombero. Il y avait aussi un officier de l’armée, le Commandant Misigaro, ainsi qu’un certain Adolphe Nyandwi. Celui-ci était du même groupe sanguin que Micombero. C’était même son donneur de sang. »

1972 : une guerre archaïque avec des talismans tanzaniens et congolais

Célestin Magenge poursuit son récit en disant que les armes offensives prévues en avril 1972 pour faire face à l’armée de Micombero n’étaient que des lances et des machettes. Il reconnaît d’ailleurs que ces armes n’allaient pas tenir devant une armée entrainée avec des équipements modernes comme des fusils, des hélicoptères et des autoblindés. Les participants aux réunions ont été surpris.
« En 1971, trois marabouts dont deux tanzaniens et un congolais ont été recrutés pour la protection du groupe décidé de renverser Micombero. Les deux tanzaniens avaient la mission de protéger les lances et les machettes des combattants alors que le congolais devait leur donner des talismans anti-balles.

Par ailleurs, une tactique avait été convenue pour l’élimination physique de Micombero. Le Président devait être éliminé chez l’une de ses concubines. Tout le monde savait que le Président Micombero adorait les femmes. La mission devait être exécutée par un nommé Adolphe Nyandwi. Mais, la mission a échoué en raison du non-respect du programme décidé lors de la réunion tenue à Busebwa.

Le Président Micombero devait être assassiné le soir du 29 avril 1972 par des soldats para-commandos venus de Gitega et de Bujumbura. Adolphe Nyandwi, le confident de Micombero devait se rendre pour la deuxième fois à Bujumbura pour superviser ce programme d’assassinat de Micombero, mais au lieu de s’y rendre, il a rebroussé chemin.

Il a pris le chemin de Minago pour se saouler avec des femmes. La suite fut que les assaillants lancèrent quand même l’attaque, le soir du 29 avril, mais sans coordination. Ce fut l’occasion pour Micombero de mettre en pratique son plan d’extermination des hutus en commençant par les mêmes soldats de Gitega qui avaient été chargés de le tuer. »

Le témoin Magenge qui était en 1972 un jeune pionnier du parti Uprona poursuit son récit à propos des attaques du 1er mai 1972 à Rumonge.
« La crise proprement dite a commencé au terrain de football de Rumonge. Le 1er mai était un jour de la fête nationale, la fête du travail et des travailleurs. Une grande foule de personnes chantant des louanges pour le Président Micombero a été envahie par les mai-mulele. Mais, le seul muleliste dont je me souviens est le nommé Ryobogoye. C’est lui qui a coupé la tête de la première victime sur le terrain du stade de Rumonge. »

D’autres témoignages récoltés à Mugara et à Gatete disent que les mulélistes étaient des hutus mécontents des menaces et divisions exercées contre eux par le pouvoir de Micombero. La localité de Mugara était habitée par des familles aisées, possédant des magasins et des boutiques. L’économie y était florissante grâce à la culture du café robusta et du palmier à huile.

Mais, à la faveur de la crise, disent les témoins, les dirigeants de l’époque se sont emparés de ces biens après avoir tué les propriétaires. Plusieurs personnes furent massacrées à Mugara, y compris des gens qui avaient cru trouver asile à l’intérieur de l’église pentecôtiste. Les familles des victimes demandent réparations parce que, selon elles, la crise de 1972 les a laissées dans une misère sans nom.

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