Rumonge : La vérité libère les cœurs des gens

Rumonge : La vérité libère les cœurs des gens

La province de Rumonge est considérée comme l’une des entités provinciales les plus frappées par la crise socio-ethnique de 1972, au même titre que celles de Makamba et Bururi. Le Président de la CVR demande à la population de cette province de soutenir les activités de la Commission car de nombreuses familles ont été profondément blessées par cette crise.

La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a lancé officiellement à Makamba, les travaux d’excavation des fosses communes contenant des restes humains de la crise de 1972. Le Président de la CVR, Amb. Pierre Claver Ndayicariye a indiqué à cette occasion que la province de Makamba présente une particularité car, selon lui, les enquêtes déjà menées ont révélé qu’il y a eu un groupe armé surnommé « ba mulele » qui, selon les dires de la population, aurait été l’élément déclencheur de la crise de 1972.

Fosse commune des victimes de 1972 au cœur du marché de Minago

 » La CVR est en train de mener des investigations approfondies pour connaître la vraie identité de ce groupe dit « ba mulele », a précisé Pierre claver Ndayicariye. Le Président de la CVR a rappelé aussi que la Commission a pour but de réconcilier les Burundais et faire connaître la vérité qui pourrait conduire le pays vers une paix durable.

Il a souligné que pour que le Burundi vive dans l’unité et en paix, il faut que la réalité du passé soit connue par le public, que ceux qui ont tué osent demander pardon aux familles des victimes et que ces familles leur accordent le pardon.
Il a appelé les veuves et les orphelins de 1972 à fournir des informations à la Commission sur ce qu’ils ont vu ou entendu pour faciliter les enquêtes de la CVR.
Après sa visite en province Makamba, le Président de la CVR a effectué la même mission, le 26 août 2020, en zone Minago de la commune et province de Rumonge. Il y a aussi lancé officiellement les travaux d’exhumation des restes humains sur les deux fosses communes situées dans cette zone.

Au marché de Minago ,la population a répondu à ces cérémonies

M. Ndayicariye a informé le public présent au marché de Minago où la CVR a identifié une fosse commune, qu’un arbre de mémoire a été planté par ceux qui connaissent la vérité sur les tueries de 1972. Le Président de la CVR a affirmé à cette occasion que cette activité a débuté en zone Minago pour des raisons de particularités que présente cette localité.

« La première particularité est que nous avions des informations sur une fosse commune connue au marché de Minago. Au-dessus de cette fosse, il y a un arbre que le jargon de la CVR peut considérer comme l’arbre de la mémoire. Ceux qui l’ont planté voulaient que ce site ne soit pas oublié ; ils voulaient que ce site ne soit pas banalisé », a-t-il précisé.

AMB. Pierre Claver Ndayicariye appelle la population de Rumonge de soutenir des œuvres de la CVR

Il a poursuivi en disant que la deuxième particularité de Minago est que la CVR venait de faire une visite guidée qui l’a conduite à une deuxième fosse commune se trouvant au milieu d’un terrain de football. « Nos enquêtes permettront de savoir si ceux qui ont tracé ce terrain de football savaient qu’il y a une fosse commune ou pas.

Mais là, pour le savoir, il faut interroger les personnes d’un certain âge, les témoins encore vivants qui ont suivi de près les tueries », a révélé le Président de la CVR. Parmi les informations déjà recueillies, la CVR a su que des gens avaient fui vers la paroisse catholique de Minago le début des violences, fin avril 1972.

Début mai, une très haute autorité politique de l’époque leur a rendu visite et leur a promis à manger. Mais au lieu de les nourrir, la même personnalité leur a envoyé des militaires pour les tuer.
La troisième particularité de Minago est que la CVR a pu s’entretenir avec certains rescapés de la tuerie de 1972. Parmi eux, un homme a témoigné devant la CVR comment il a pu miraculeusement s’échapper.« Alors que les autres hommes adultes qui étaient avec nous allaient être tués, il m’a été proposé de porter des habits des femmes. Les tueurs ne s’en prenaient pas aux femmes.

Dans la catégorie des rescapés, la Commission a pu retrouver un autre homme qui a dit que parmi les tueurs, l’un d’entre eux lui a dit de se sauver dans ces termes : « Vas te jeter dans le lac (Tanganyika) tu seras dévoré par des animaux » C’est ainsi qu’il a pu sauver sa peau. Au cours d’un point de presse sur place à Minago, le Président de la CVR a révélé que quand la Commission cherche la vérité et qu’elle a la chance de tomber sur deux personnes rescapées, encore en vie, c’est une chance et une piste extraordinaires.

Mais les enquêtes approfondies de la Commission dépendront de la diversité des témoins que la CVR va rencontrer sur place.
Par ailleurs, des informations sur les personnes tuées, sur les présumés auteurs et sur les probables fosses communes ont été récoltées dans cette localité de Minago. Il y avait en 1972 dans la région de Mugara, Rumonge et Minago plusieurs personnes ayant un confort matériel et financier : des commerçants, des trafiquants, des exploitants agricoles des palmiers et des caféiers commençaient à se faire remarquer en s’achetant de belles voitures de marques américaines, allemandes et françaises… Ces personnes ont été tuées et leurs biens pillés.

La CVR a mené cette activité de Rumonge simultanément avec celle de Makamba pendant deux semaines. Selon le Président de la Commission, les résultats des enquêtes et investigations permettront à la CVR de qualifier les faits selon la loi interne et internationale. M. Ndayicariye se dit confiant que le travail sera conduit au complet. Mais il a fait remarquer que l’opinion burundaise a des difficultés : elle veut voir la CVR aller vite vers la qualification. Mais pour M. Ndayicariye, « Il ne faut pas aller trop vite, parce que la recherche de la vérité, la vérité cachée pendant 48 ans, ne sort pas automatiquement. C’est une vérité qui sort de la terre lentement ».

En effet, certains témoins encore vivants ont peur, d’autres n’ont plus de repères physiques, d’autres sont traumatisés par le silence, la douleur et la souffrance. En réalité, la CVR est en train de gérer des mémoires blessées au niveau des familles, des individus, des communautés, ides clans et des ethnies.

Le Président de la CVR a estimé que les tueries que le Burundi a connues ont fauché plusieurs familles. Mais il y a aussi des Burundais et Burundaises qui ont sauvé et protégé d’autres personnes en danger de mort. Selon M. Ndayicariye, il y a de tout temps ce qu’il appelle « le miracle de Dieu » qui permet qu’il y ait toujours l’un ou l’autre survivant pour témoigner.

Willy Ntakarutimana/ Gérard Mfuranzima

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